La France accélère vers la souveraineté numérique : adieu Office, Teams et Zoom

Depuis plusieurs années, la France s’engage résolument dans une stratégie de souveraineté numérique, avec pour objectif de réduire sa dépendance envers les grandes plateformes technologiques étrangères — notamment américaines — et de reprendre le contrôle de ses infrastructures, des données publiques et des outils collaboratifs. Cette démarche, devenue prioritaire à l’échelle étatique, se matérialise aujourd’hui par des décisions concrètes impactant des millions d’utilisateurs publics.
Une stratégie ambitieuse pour reprendre le contrôle

La souveraineté numérique renvoie à la capacité d’un pays à maîtriser ses technologies, à protéger les données sensibles et à garantir l’indépendance de ses systèmes face aux juridictions étrangères. Pour la France, ce concept dépasse la simple sécurité informatique — il s’agit aussi de réduire l’exposition stratégique à des fournisseurs dominants, souvent liés à des États tiers ou à des législations qui peuvent compliquer la protection des données.

Dans ce cadre, les autorités françaises ont décidé d’aller plus loin que les discours : elles mettent en œuvre des alternatives concrètes aux plateformes américaines dominantes.


Fin de Microsoft Office et des grandes suites propriétaires dans les administrations

L’un des volets les plus marquants de cette transition concerne l’usage des suites bureautiques et collaboratives propriétaires comme Microsoft Office 365.
Dans certaines administrations locales, comme la Ville de Lyon, l’abandon de la suite Office est déjà en cours, au profit de solutions basées sur des logiciels libres ou européens.

À Lyon, la migration comprend notamment :

  • L’abandon progressif de Microsoft Office au profit de OnlyOffice, une suite collaborative libre compatible avec les formats Office courants.
  • Le passage du système d’exploitation Windows à Linux, renforçant ainsi l’autonomie logicielle.
  • L’adoption de PostgreSQL pour la gestion des bases de données, remplaçant au besoin les solutions propriétaires comme SQL Server.
  • Le développement et l’hébergement de Territoire Numérique Ouvert, une suite collaborative régionale basée sur des technologies open-source, hébergée dans des data centers locaux.

Cette démarche n’est pas isolée mais s’inscrit dans une dynamique européenne plus large, où plusieurs collectivités explorent l’adoption de solutions ouvertes pour réduire leur dépendance à des éditeurs étrangers.


Remplacer Teams et Zoom : la montée de Visio

Un autre tournant majeur de la politique française concerne les outils de communication professionnelle :

Le gouvernement a décidé que 2,5 millions de fonctionnaires cesseront d’utiliser Microsoft Teams, Zoom, Webex ou GoTo Meeting d’ici 2027.

À la place, l’État déploie progressivement Visio — une plateforme de visioconférence développée en France dans le cadre du projet Suite Numérique.

Visio, qui compte déjà plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs tests, est :

  • Développé en interne ou en collaboration avec des entreprises françaises,
  • Hébergé sur un cloud souverain certifié (SecNumCloud), ce qui garantit que les données restent sous juridiction française,
  • Équipé de fonctionnalités modernes telles que la transcription intelligente des réunions.

Ce virage marque un moment charnière où la souveraineté numérique devient une politique opérationnelle plutôt qu’un slogan.


Vers un écosystème souverain complet : LaSuite

Au-delà de Visio et des alternatives locales comme OnlyOffice, la France développe également LaSuite — un écosystème complet d’outils numériques souverains destiné à remplacer les grandes plateformes telles que Google Workspace ou Microsoft 365.

Les composantes de LaSuite incluent :

  • Une messagerie collaborative sécurisée et basée sur des standards ouverts,
  • Un éditeur de texte, des outils de tableur et de présentation compatibles avec les formats usuels,
  • Un système de messagerie instantanée et de partage de fichiers,
  • Des fonctionnalités de stockage et de collaboration en cloud sécurisé.

Ce projet, développé en open-source et en coopération européenne, vise à créer une alternative crédible aux suites propriétaires, tout en garantissant contrôle, sécurité et transparence des données.


Enjeux et défis

Malgré ces avancées, certains rapports soulignent que la mise en place d’alternatives souveraines reste complexe. De nombreuses organisations publiques continuent d’être dépendantes des solutions existantes, faute de maturité suffisante des offres alternatives ou d’une feuille de route claire pour la transition.


Conclusion

La France est en train de franchir une étape importante dans sa quête de souveraineté numérique. Quitter progressivement les solutions comme Microsoft Office, Teams ou Zoom pour des plateformes françaises ou open-source n’est plus une simple vision, mais une réalité opérationnelle qui redessine les infrastructures numériques publiques. Grâce à des initiatives comme Visio, OnlyOffice, Territoire Numérique Ouvert et LaSuite, l’Hexagone pose les bases d’un écosystème numérique autonome, sécurisé et résilient — un modèle que d’autres pays européens commencent également à regarder de près.